Requiem (extraits)
2
Paisible coule le Don
la lune entre dans la maison
la lune
entre sans façons,
elle voit une ombre dans la maison.
Cette
femme est malade,
cette femme est solitaire.
Le mari
mort, le fils est en prison
Priez à mon attention.
3
Non,
ce n'est pas moi, c'est une autre qui souffre.
Moi, je ne pourrai pas. Ce qui
est arrivé,
qu'un drap noir recouvre le recouvre,
et qu'on emporte les
flambeaux…
La nuit.
5
Depuis dix-huit mois je hurle : reviens !
reviens à la
maison.
Je rampe aux pieds des assassins,
mon effroi, mon garçon.
Tout
s'embrouille sans rémission
et je ne sais plus trop
qui est un fauve qui
est un homme,
Quand viendra le bourreau.
Il n'y a que des fleurs qui
fanent,
l'odeur d'encens, des pas qui mènent
ailleurs, vers le
néant.
Et sans répit me dévisage,
et de mort brandit le présage
une
étoile géante.
(1939)
8
A LA
MORT
Tôt ou
tard tu viendras- pourquoi pas maintenant ?
Je suis en grand malheur et je
t'appelle.
ma lumière est éteinte, mon portrait est béant -
Pour toi si
simple et si belle.
Tu peux prendre la forme qui te convient :
flèche
empoisonnée, trouant le vide,
bandit, assomme-moi sur le
chemin.
Emporte-moi fièvre typhoïde.
Ou bien encore - ta belle
invention,
pour tous, à en vomir, banale ;
Qu'un képi bleu entre dans ma
maison,
guidé par le concierge pâle.
Tout m'est égal. Ienisseï
bouillonnant,
L'étoile polaire brille sur moi.
Et l'éclat bleu des yeux
que j'aime tant
se voile d'un ultime effroi.
(19 août 1939 Leningrad)
ÉPILOGUE
Et j'ai
appris l'affaissement des visages,
la crainte qui sous les paupières
danse,
les signes cunéiformes des pages
que dans les joues burine la
souffrance ;
les boucles brunes, les boucles dorées
soudain devenir
boucles d'argent grises,
faner le sourire aux lèvres soumises,
et dans le
rire sec la peur trembler.
Et ma prière n'est pas pour moi seule,
Mais
pour tous ceux qui attendaient comme moi
dans la nuit froide et dans la
chaleur
sous le mur rouge, sous le mur d'effroi.
(1940)
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