Princesse allemande, fille du Duc d’Anhalt-Zerbst, elle vient en Russie en 1744, invitée par l’impératrice Élisabeth, qui la choisit comme épouse de son neveu et héritier, le grand-duc Pierre.
Elle entre aussitôt dans l’Église orthodoxe et épouse Pierre à Saint-Pétersbourg, le 21 août 1745. Tandis que ce dernier reste allemand de cœur, Catherine s’applique à devenir vraiment russe, apprend la langue et pratique scrupuleusement les rites de l’orthodoxie.
Son mari, monté sur le trône en 1762 sous le nom de Pierre III, exaspère la noblesse par sa passion germanophile. Leur mariage est un échec complet, et Catherine prendra des amants, ce qui fait jaser toutes les cours européennes.
Les frères Orlov, qui se partagent ses faveurs, montent un coup d’État (auquel elle donne son accord tacite), contre Pierre III qui abdique peu de temps après (juin 1762).
Poursuivant des ambitions politiques, elle se fait prêter serment par les troupes et annonce qu’elle prend le pouvoir. Catherine se pose volontiers en libérale. Influencée par les philosophes français avec lesquels elle est en relation, Voltaire (avec qui elle correspond), Grimm, d’Alembert, et surtout Diderot, elle veut régner en « despote éclairé ».
Elle se penche sur le problème de l’éducation, ouvre des écoles, crée en 1764, la première institution de jeunes filles et l’école de l’Académie des sciences. Mécène, Catherine II aura donné un élan à la vie culturelle et morale de la Russie, accueillant dans son empire des artistes étrangers.
En bâtisseuse infatigable (L’Hermitage, notamment), elle hisse St Pétersbourg au rang des capitales européennes. Femme de lettres, elle laissa notamment ses Mémoires. Partageant la confiance des Encyclopédistes dans les vertus de la loi écrite, elle réunit une « commission législative » (1767) composée de toutes les couches de la population (nobles, habitants des villes, paysans de l’État) à l’exception des serfs, pour instaurer un nouveau code de loi en Russie. Mais elle ajourne les travaux de la commission, avant même qu’elle n’ait porté ses fruits.
Il est vrai qu’en l’absence de code, l’impératrice pouvait continuer d’exercer son autorité absolue.
Durant son règne long de trente-quatre ans, la Russie connaît son premier essor industriel au détriment d’une population laborieuse de plus en plus exploitée (les serfs représentent plus de la moitié de la population). Plus de deux millions de paysans passent sous la coupe de l’État, lors de la sécularisation des propriétés terriennes de l’Église (1764).
Les nobles sont autorisés à déporter leurs paysans dans les bagnes sibériens avec l’oukase de 1765. La plus grande des guerres paysannes de l’histoire russe ne tarde pas à éclater (1773). Pougatchev exhorte les paysans de la Volga et de l’Oural à se révolter. Une jacquerie férocement réprimée par la tsarine ; Pougatchev est décapité (janvier 1775).
Catherine la Grande, sur les conseils de son nouveau favori, Potemkine, procède à une réforme administrative. L’ordonnance sur les gouvernements (avril 1775) divise la Russie en cinquante provinces (elles-mêmes subdivisées en districts), afin de rapprocher les autorités de la population.
L’administration des districts est confiée aux nobles, qui voient leur rôle politique s’accroître. Et leur position devait être encore consolidée, dix ans plus tard, avec la charte de la noblesse (avr. 1785).
Ces grandes réformes prouvent combien Catherine II s’est posée en « tsarine des nobles ». Seule la paysannerie, dont la charte devait rester à l'état de projet, échappera à toute réorganisation. Les serfs ne bénéficieront d'aucune amélioration de leur sort. Le servage est même institué en Ukraine. Et les jours de fête, l’impératrice donne des milliers de serfs à ses favoris. Les velléités libérales de Catherine n’ont pas résisté longtemps à l’épreuve du règne. Se désintéressant du sort du peuple, elle cherche surtout la gloire militaire.
Les guerres de conquête de l’Empire russe, au sud et à l’ouest, satisferont cette ambition. Elle abandonne les projets d’une union avec les pays protestants du nord, « le système nord » proposé par son ministre Nikita Panine, pour se consacrer aux affaires de Pologne.
Elle impose sur le trône de Pologne un de ses anciens amants, Stanislas Poniatowski (1764). Puis la Russie, le Royaume de Prusse et la Monarchie Autrichienne, qui se sont alliés, se partagent successivement (1772, 1793, 1795) le territoire (l’Autriche ne participe pas au deuxième partage).
La Russie comprend désormais la Biélorussie, l’Ukraine occidentale et la Lituanie ; la Pologne disparaît alors littéralement de la carte. Catherine II voit alors une partie de son rêve se concrétiser : reprendre les terres russes perdues au XIVe siècle à la Pologne, étendre sa domination sur la Baltique. Mais elle a en tête également de chasser les Turcs d’Europe et d’imposer son petit-fils Constantin à Constantinople, sur le trône d’un Empire Grec restauré.
Les guerres russo-turques déclenchées par l’empire Ottoman (1768) menacé par l’impérialisme russe, constitueront une autre opportunité pour obliger l’empire Ottoman à certaines cessions et pour agrandir, cette fois vers le sud, l’étendue géographique de la Russie. Le traité de paix de Kütchück-Kaïnardji, en 1774, (première guerre russo-turque) assure à la Russie un accès à la mer noire. La Crimée, soustraite alors à la tutelle turque, sera officiellement annexée, quelques années plus tard, en 1783, et sa colonisation sera, dès lors, confiée à Potemkine.
La fin de seconde guerre russo-turque, (paix de Iassy), en janvier 1792, repousse la frontière russe jusqu’au Dniestr. Les navires marchands russes sont autorisés à passer dans les Détroits et la création des ports de Taganrog, Kherson, Sébastopol puis Odessa, donnent une nouvelle ouverture vers l’Occident.
Le « despotisme éclairé » de Catherine II, vanté par les philosophes Occidentaux, ne fut guère plus qu’un despotisme tout court. La Révolution française trouva en elle une adversaire résolue. Et dans les dernières années de son règne, sa politique se fait encore plus oppressive.
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