Des origines à la Russie kiévienne

Une région à la croisée des invasions

Etablis en Europe vers 800 avant J.-C., les Slaves sont repoussés au centre de la Russie actuelle par les Scythes installés au nord de la mer Noire. Tribu de cavaliers chassés à l'Ouest par la Chine, les Scythes commerçaient avec les Grecs et, contrairement à eux, connaissaient l'usage de la selle. Un autre peuple asiatique nomade, les Sarmates, envahit la Russie méridionale vers 200 avant J.-C. Quatre siècles plus tard, la tribu germanique des Goths étend sa domination jusqu'en mer Noire. Convertis au christianisme vers 300, ils sont repoussés à l'ouest en 360 par les Huns et envahissent l'Europe occidentale.

Alors que les Huns finissent par se replier dans le sud de la vallée du Don, les Slaves commencent leur expansion jusqu'aux rives de l'Elbe et du Danube. En 550, la tribu tatare des Avars atteint l'Europe et aide l'empereur byzantin Justinien dans sa lutte contre les Slaves. La tribu asiatique des Khazars envahit la région vers 650 et apporte une certaine stabilité en développant le commerce entre l'Orient et l'Occident ainsi qu'une législation. Empêchant la diffusion de l'islam et contrôlant les routes commerciales, ils font preuve d'une certaine tolérance religieuse et encouragent le développement des villes.

Durant ces périodes d'invasion, les Slaves se dispersent : les tribus occidentales deviendront les Moraves, les Polonais, les Tchèques et les Slovaques ; les tribus méridionales les Serbes, les Croates, les Slovènes et les Bulgares ; les tribus orientales, les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses.

Une grande plaine entre deux mondes

Le monde russe médiéval est composé de groupes slaves épars qui ne s'organisent pas avant le IXe siècle, au contact des Scandinaves avec qui ils commercent depuis le siècle précédent. Avant cette époque, la structure politique et sociale des Slaves est basée sur le mir, c'est à dire la communauté de terres au sein de villages, communautés qui ne sont en rien fédérées. Le mir signifie la terre dans le sens d'univers, de cosmos, mais aussi de paix : il s'agit d'un monde clos, limité au cercle de famille élargi pour qui l'extérieur est synonyme de périls. Alors que les Slaves du sud et de l'ouest se mêlent à d'autres populations et multiplient les contacts avec le monde méditerranéen, les Slaves de l'est restent relativement isolés, dans un espace s'apparentant à une immense frontière.

Les Varègues

Les voies navigables russes, routes commerciales entre la Baltique et la mer Noire ouverte vers Constantinople et l'Orient, suscitent la convoitise des commerçants vikings (varègues en russe) qui y fondent Novgorod avant de transférer leur capitale plus au sud, à Kiev, au milieu du IXe siècle. Selon La Chronique des temps passés, la plus ancienne source historique russe, ce sont les Slaves eux-mêmes, incapables de s'unir, qui demandent à un chef étranger de les gouverner : " Nos terres sont vastes et riches mais elles ne connaissent pas l'ordre. Venez donc régner et gouverner notre pays… ". Les Varègues donnent naissance à l'entité Rous (du finnois Ruotsi "Suédois" ?), à l'origine du nom Russie. Comme la France, la Russie tient donc son nom de l'ethnie étrangère qui la dirigea et structura les institutions politiques.

Les princes riourikides, du nom de l'ancêtre mythique Riourik mort en 879, règnent sur la Russie kiévienne entre 880 et 1054. Oleg, roi de 882 à 912, est ainsi le premier souverain indépendant des Varègues mais c'est sous le règne de Sviatoslav entre 960 et 970 que la Russie kiévienne connaît son apogée territoriale et devient le " premier empire russe ". La domination varègue se consolide en intégrant les différentes tribus de la région, la succession filiale (et l'assassinat familial quand il y a plusieurs héritiers) garantissant l'unicité du territoire légué d'une génération à l'autre.

La conversion à l'orthodoxie

Païens, les princes slavo-varègues ont besoin de l'appui d'une religion d'Etat pour asseoir leur pouvoir. Les élites des puissances voisines ont adopté l'islam (Bulgares de la Volga), le judaïsme (les Khazars) ou le christianisme oriental (Bulgares du Danube, Slaves du Sud).

En 988, selon La Chronique des temps passés, le prince Vladimir, après avoir examiné les autres religions monothéistes, se convertit au christianisme oriental, ébloui d'après la légende par les fastes de Byzance qu'on lui rapporte.

La conversion a plus vraisemblablement une explication culturelle et politique

- la présence antérieure du christianisme byzantin sur le sol russe partiellement évangélisé par les moines grecs Cyrille et Méthode qui ont introduit l'alphabet grec au IXe siècle. Ainsi Olga, la mère du prince Vladimir, s'est convertie en 957. - les tensions intérieures d'un empire byzantin prestigieux auquel Vladimir fournit une assistance militaire. L'alliance avec Byzance est concrétisée par le mariage de Vladimir avec Anne, sœur de l'empereur byzantin, et le baptême des Kiéviens.

En 1448, l'Eglise orthodoxe russe devient autocéphale (le métropolite de Moscou est élu par le clergé russe et non plus désigné par Constantinople), profitant de la déliquescence de l'empire byzantin qui s'effondre en 1453.

A la mort du fils de Vladimir, Iaroslav, en 1054, la Russie kiévienne est la plus grande fédération en Europe. Les cinq fils de Iaroslav se partagent le territoire, selon les règles successorales scandinaves qui attribuent aux différents enfants un apanage, tradition toujours plus au moins respectée depuis Riourik mais" corrigée " par l'assassinat ou la disparition des héritiers gênants. La monarchie de fait se transforme alors en oligarchie de princes parents qui règnent sur diverses principautés : Kiev, Novgorod, Vladimir puis, plus tard, Moscou, qui prendra l'ascendant sur les autres.

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