
Alexandre Isaïevitch Soljenitsyne (Александр Исаевич Солженицын), né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk (Russie), est un romancier et historien russe. Bon élève à l'école et à l'université des sciences de Rostov-sur-le-Don, il étudia la littérature et la doctrine communiste qu'il connaissait bien.
Officier dans l'armée rouge, il est arrêté et déporté au goulag pour huit ans : il avait critiqué Staline dans une lettre envoyée à un ami. À sa sortie du camp en 1953, il est envoyé en exil perpétuel au Kazakhstan. Il est réhabilité en 1956 et s'installe à Riazan où il enseigne les sciences physiques.
C'est son ouvrage, Une journée d'Ivan Denissovitch, publié en 1962 dans la revue soviétique Novi Mir, grâce à l'autorisation de Nikita Khrouchtchev en personne, qui lui acquiert une renommée internationale. Cependant, trois ans après, il lui est impossible de publier quoi que ce soit en URSS et ses romans Le Premier Cercle et Le Pavillon des Cancéreux, ainsi que le premier tome de son épopée historique La Roue Rouge, paraissent en Occident où il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1970. Sa vie devient une conspiration permanente pour voler le droit d'écrire en dépit de la surveillance de plus en plus assidue du KGB. Une partie de ses archives est saisie chez un de ses amis en septembre 1965, et il manque d'être assassiné en août 1971 (par un "coup du parapluie"). Une de ses plus proches collaboratrices a échappé de justesse à un étranglement et un accident de voiture.
En décembre 1973, paraît à Paris (en version russe) L'Archipel du Goulag où il expose le système concentrationnaire soviétique du Goulag, qu'il a vécu de l'intérieur, et la nature totalitaire du régime communiste. Ecrit entre 1958 et 1967 sur de minuscules feuilles de papier enterrées une à une dans des jardins amis, une copie avait été envoyée en Occident pour échapper à la censure. Il décida sa publication après qu'une de ses aides fut retrouvée pendue : elle avait avoué au KGB la cachette où se trouvait un exemplaire de l'oeuvre. Cette publication lui vaut d'être déchu de sa citoyenneté et d'être expulsé d'Union Soviétique en février 1974. Il s'installe d'abord en Suisse, puis émigre aux États-Unis.
Après une période agitée d'interviews et de discours (comme le fameux discours de Harvard prononcé en 1978), il se retire avec sa famille dans le Vermont pour écrire l'oeuvre dont il rêvait depuis sa jeunesse : La roue rouge. Epopée historique qui retrace l'embourbement de la Russie dans la folie révolutionnaire, elle compte plusieurs milliers de pages ! Après la chute de l'URSS, sa nationalité russe lui est restituée et l'Archipel du Goulag, publié. Il rentre alors en Russie où il réside depuis 1994. Jusqu'en 1998, il conserve une activité sociale intense, a sa propre émission de télévision, voyage à travers la Russie, rencontre une multitude de personnes. La maladie a interrompu cette activité.
Longtemps symbole de la résistance intellectuelle à l'oppression soviétique, la stature très populaire d'Alexandre Soljenitsyne est régulièrement contestée. Les opérations de déstabilisation à son encontre n'ont pratiquement jamais cessé depuis les années 1960. Le KGB a manipulé un zek (détenu) qui l'a accusé d'être un informateur des autorités communistes, et a pour cela écrit une fausse dénonciation. Il a fait écrire quelques livres contre lui par d'anciens amis et même par sa première femme. Mais les prises de positions politiques de Soljénitsyne lui ont aussi toujours valu de nombreux adversaires, et aucune accusation ne lui est épargnée : il est, successivement ou en même temps, nationaliste, tsariste, ultra-orthodoxe, antisémite, trop admirateur d'Israël pour être honnête, traitre, complice objectif de la Gestapo, de la CIA, des francs-maçons, des services secrets français et même du KGB. Soljénitsyne a répondu à ces accusations, simplement en les juxtaposant pour qu'elles s'annulent entre elles, dans son autobiographie littéraire, Le grain tombé entre les meules, et encore récemment dans un article de la Litératournaïa Gazeta, Les barbouilleurs ne cherchent pas la lumière. En fait, ses opinions politiques, forgées tout au long de sa vie par un destin hors du commun, sont trop complexes pour être ainsi étiquetées. On lui a reproché par exemple de prôner une Russie forte et autocrate, sous prétexte qu'il ne croyait pas que le pays puisse passer, du jour au lendemain, d'un régime totalitaire à une régime de type démocratie occidentale. S'il est favorable à un pouvoir présidentiel fort, il est surtout et en même temps partisan de la démocratie locale, assez proche des idées de Tocqueville : pour Soljénitsyne, la vraie démocratie n'est pas constituée par le système électoral mais par un tissu d'associations locales gérant les affaires indépendamment du pouvoir central qui, lui, ne devrait s'occuper que des affaires nationales (armée, politique étrangère, etc.).
Il est un fervent patriote, mais pas un nationaliste : il s'est par exemple toujours opposé à la guerre en Tchétchénie. Il a eu un commentaire favorable au président Poutine lors de son arrivée au pouvoir, espérant de lui des changements significatifs, puis a pris ses distances rapidement. Il a fait l'objet durant tout son parcours littéraire d'accusations d'antisémitisme en raison de son opposition au pouvoir soviétique, de la publication du nom des responsables administratifs du Goulag, de ses travaux historiques sur la révolution bolchevique et, plus récemment, en raison de son opposition aux oligarques russes et de la publication de son ouvrage historique Deux siècles ensemble sur les relations entre Juifs et Russes de 1795 à 1995.
Il n'est ni philosémite, ni antisémite ; il appelle les Juifs, en tant que peuple, à prendre leurs responsabilités comme tout autre peuple et à ne pas se complaire dans un rôle de victime. Aujourd'hui, Soljénitsyne vit retiré près de Moscou, au milieu de sa famille. Le Fonds Soljénitsyne aide les anciens zeks et leurs familles démunies en leur versant des pensions, en payant des médicaments. Après avoir cru qu'il jouerait un rôle décisif dans la Russie post-communiste, puis, déçus, après l'avoir déjà plus ou moins "enterré", les Russes semblent ces derniers temps s'intéresser de nouveau à sa figure et redécouvrir la valeur de ses écrits politico-sociaux. Un colloque international sur son oeuvre lui a été consacré en décembre 2003 à Moscou.
La datation des œuvres d'Alexandre Soljenitsyne est difficile à établir avec précision, car la plupart d'entre elles ont connu une gestation très longue et plusieurs versions (y compris parfois une réécriture quasi complète). En ce sens, l'exergue placé au début du Premier Cercle est significatif : Écrit de 1955 à 1958. Défiguré en 1964. Réécrit en 1968.
Alexandre Soljenitsyne a également écrit au cours des années 60 des nouvelles publiées dans la revue Novi Mir. Certaines ont été publiées en France dans les recueils :
Deux siècles ensemble, 1795-1995, tome 2 : Juifs et Russes avant la révolution (2003)
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